Historique

Élie, duc Decazes et de Glücksbierg
Homme politique français (Saint-Martin-de-Laye, 1780 — Decazeville, 1860).

Né en 1780 à Saint-Martin-de-Laye en Gironde, il étudia le droit pour devenir juge au tribunal de la Seine en 1806. Il est nommé ensuite conseiller de Louis Bonaparte en 1807, et devient avocat-conseil à la cour de l’appel de Paris en 1811. Il fut en même temps attaché comme conseil au jeune roi de Hollande, Louis, et à l’impératrice mère.

Immédiatement après la chute de l’Empire, il n’en accueillit pas moins la Restauration avec empressement, refusa de signer une adresse de félicitation à Napoléon Ier après son retour de l’île d’Elbe et se déclare royaliste, et reste fidèle aux Bourbons pendant les Cent-Jours. Par l’entremise de Joseph-Dominique Louis dit baron Louis, il peut rencontrer le roi Louis XVIII pendant cette période, qui le récompense pour sa fidélité en le nommant préfet de police de Paris le 7 juillet 1815.

Bien que Louis XVIII eût coutume de ne s’entretenir de politique qu’avec ses ministres, il obtient l’autorisation de faire ses rapports directement au roi, sans passer par Fouché (un régicide !).

Le roi se prend d’une forte amitié pour lui jusqu’à l’appeler « mon fils ». Il fut nommé par Louis XVIII préfet de police le 7 juillet 1815, et bientôt le 24 septembre, nommé ministre de la Police dans le ministère du duc de Richelieu, en remplacement de Fouché.

Il prit sur ce prince un grand ascendant, qu’il devait à l’aménité de ses manières et au charme de son esprit tout autant qu’à l’accord des vues; s’opposa de toutes ses forces aux excès de la réaction ultra-royaliste.

Entre temps, il avait été élu député de la Seine en août 1815, défendant un royalisme modéré par ses fonctions de député et de ministre, sa formule étant « royaliser la France et nationaliser la monarchie ». Les royalistes modérés étant en minorité dans la « Chambre introuvable » de 1815 face aux ultras, Decazes persuada Louis XVIII de dissoudre l’assemblée des députés. Il fit rendre dans ce but la célèbre ordonnance du 5 septembre 1816, qui dissolvait la Chambre introuvable. Les élections d’octobre 1816 lui donnèrent une majorité plus proche des désirs du ministère. Decazes joua un rôle essentiel dans le gouvernement durant les quatre années suivantes .

Comme ministre de la Police, il réprima les insurrections provoquées par les royalistes ultras (la terreur blanche). Il fit abolir la plupart des lois d’exception et modifier la loi électorale dans un sens libéral en abaissant l’âge et le cens (1817). Après la démission du duc de Richelieu en 1818, il prit la direction effective du gouvernement du général-marquis Dessolle. Le ministère Dessolle, comprenant Decazes à l’Intérieur, le baron Louis aux Finances, et le maréchal Gouvion-Saint-Cyr à la Guerre, était entièrement libéral ; et son premier acte fut de supprimer le ministère de la Police, car Decazes avait senti son incompatibilité avec le régime de la Liberté. Ses réformes rencontrèrent une vive hostilité à la chambre des pairs, où les ultras étaient majoritaires, dont il brisa l’opposition et qu’il contourna en incitant le roi à créer soixante nouveaux pairs libéraux (5 mars 1819); mais devint par là en butte aux plus violentes attaques des royalistes.

Il fit alors passer les lois sur la presse, supprimant la censure. Par la réorganisation des finances, la protection de l’industrie et la mise en œuvre de grands travaux publics, la France retrouva sa prospérité économique, et le ministère devint populaire.

Mais les grandes puissances de l’alliance observaient la montée du libéralisme en France avec une inquiétude croissante. Metternich déplora particulièrement la « faiblesse » du ministère, et quand en 1819 les élections confirmèrent cette tendance, notamment avec l’élection du célèbre abbé Grégoire, les gouvernements européens réfléchirent à mettre en œuvre les clauses secrètes du Traité d’Aix-la-Chapelle (1818). C’est cette menace d’interposition étrangère, plutôt que la clameur des « Ultras », qui obliga Louis XVIII à une modification de la loi électorale afin de rendre impossible à l’avenir un « scandale » tel que l’élection de l’abbé Grégoire.

Il recourut pour se maintenir à un système de bascule qui laissait dominer alternativement chaque parti : il consentit même à abandonner sa propre loi électorale et à constituer un ministère royaliste : Dessolles et le baron Louis, refusèrent de s’embarquer dans cette politique et démissionnèrent ; Decazes prit la tête du nouveau ministère, en tant que président du conseil (19 novembre 1819). L’exclusion de Grégoire de la chambre et des changements de la Charte rendirent les libéraux hostiles sans pour autant réconcilier les « Ultras ». Les nouvelles de la révolution espagnole de janvier 1820, provoquée par la politique idiote et criminelle du favori royal, aggravèrent encore la situation. Decazes fut dénoncé comme un nouveau Sejanus, le Catilina moderne ; et quand le 13 février, le duc de Berry fut assassiné, on l’accusa d’être, directement ou indirectement, complice du crime par sa complaisance du roi envers les libéraux.

Decazes, prévoyant l’orage, remit immédiatement sa démission au roi, qui la refusa dans un premier temps, en lui disant : « ils attaqueront non votre système, mon cher fils, mais le mien ».

Finalement contraint à la démission, Decazes est élevé au rang de duc, et se retire honorablement comme ambassadeur en Grande-Bretagne. Chateaubriand, écrira : « Le pied lui a glissé dans le sang ».

Ceci mit fin à sa carrière dans l’exécutif. Rappelé de ce poste sous le ministère Villèle en décembre 1821 il prend place à la Chambre des pairs, où il continua à prôner une politique libérale. Il adhéra après 1830 à la monarchie de juillet. Il fut nommé en 1834 grand référendaire de la Chambre des Pairs. Il quitta entièrement les affaires et la vie politique à partir de 1848.

Indépendamment de son rôle politique, Decazes signala son administration par des mesures favorables aux arts, à l’agriculture et à l’industrie : il rétablit en 1819 l’exposition quinquennale des produits de l’industrie. En 1826, il fonde avec sa fortune personnelle une société pour développer le charbon et le fer dans l’Aveyron. La ville qui abritait les ouvriers prit le nom de Decazeville en 1829.

Le roi du Danemark l’avait fait duc de Glücksbierg en 1818.

(source: Wikipédia)